Le braille se dope à la synthèse vocale

Deux siècles après la naissance du Français Louis Braille, son système d’écriture s’adapte à de nouveaux utilisateurs parmi les 42 millions d’aveugles dans le monde, notamment les personnes âgées, grâce aux nouvelles technologies.

Grand comme un livre de poche le « bloc-note braille » électronique, vendu par l’allemand Baum, permet une lecture tactile, par défilement des picots de l’alphabet braille. L’utilisateur peut compléter par la synthèse vocale, à vitesse réglable, par exemple pour les personnes âgées dont la vue baisse mais qui ne maîtrisent pas le braille.

La complémentarité entre braille et synthèse vocale est l’atout des logiciels « Jaws », qui permettent aux aveugles de déchiffrer des pages Internet, malgré l’obstacle des illustrations, pas transposables, et de l’éclatement du texte en de multiples entrées.

« Alors que le développement des synthèses vocales avait permis aux détracteurs du braille de prévoir sa disparition », l’audio et le tactile deviennent en réalité « de plus en plus complémentaires », observe Philippe Chazal, expert à l’Union Européenne des Aveugles. Selon lui, Internet est pour les non-voyants « une révolution presque aussi importante que l’invention du braille », en donnant « accès à des bibliothèques virtuelles » et des documentations jusque là inaccessibles. La bibliothèque Braille rassemble 26.000 ouvrages à Paris et s’agrandit rapidement, au rythme de 600 par an, indique Françoise Madray, qui a « écrit trois fois plus d’articles » scientifiques, après avoir eu accès au braille numérique. De nouveaux métiers s’ouvrent ainsi aux aveugles, qui deviennent comptables ou analystes-programmeurs, à condition de lire et écrire le braille.

« Ils étaient souvent standardistes. On les retrouve aujourd’hui dans les centres d’appel, à des postes où il faut combiner écoute du client et lecture de documents », indique Jean-Luc Augaudy, ancien enseignant de braille qui a fondé en 1990 la société Ceciaa (distribution de matériel technologique).

Aux Etats-Unis, la Fédération nationale des aveugles (NFB) s’est associée à Nokia pour lancer en août le téléphone N82 KNFB, équipé d’une mini-caméra permettant de lire un texte scané, sur place et vocalement grâce au téléphone, ou chez soi en braille.

Un autre produit, primé cette année, plus expérimental, le « Top-Braille », gros comme une souris d’ordinateur, scanne le texte pour le restituer immédiatement, vocalement ou en braille. Son inventeur, le Français Raoul Parienti, en a vendu 138 et a divisé le prix par deux, à 1.680 euros, avec le soutien de capitaux-risqueurs.

La diffusion de ces technologies reste cependant freinée par des prix prohibitifs, faute d’une clientèle assez large pour rentabiliser les coûts.

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