Qui se souvient de Lernout & Hauspie ?

Alors que la cour de justice européenne de Luxembourg confirme la condamnation pour « abus de position dominante » de Microsoft, prononcée en mars 2004 par la Commission européenne, avec notamment les plaintes d’Alcatel Lucent et ATT pour violation de brevets de reconnaissance vocale, le procès Lernout & Hauspie va bientôt reprendre en appel en Belgique, et d’autres acteurs (Dexia, KPMG) semblent impliqués … un petit rappel sur une étrange aventure.

Jo Lernout et Pol Hauspie … du rêve au cauchemar ?

L&H a été fondée en 1987 par Jo Lernout et Pol Hauspie, persuadés que les techniques vocales allaient ouvrir un marché florissant. Il faudra 8 ans pour vraiment démarrer et s’introduire en bourse (Nasdaq en premier, puis Easdaq). Basé à Ypres,innovant dans une Belgique attentive, L&H devint la plus belle réussite belge en matière de nouvelles technologies et le pilier de ce que l’on appella la Flanders Valley et encouragea de nombreuses initiatives. Ayant acquis Dictaphone puis Dragon Systems, L&H paria sur les logiciels de dictée vocale. Séduits, Intel, Microsoft et la région Flandres investissent des dizaines de millions de dollars dans l’affaire, la capitalisation boursière atteint 9 milliards de dollars.

Mais en 2000 certains experts commencent à douter des annonces technologiques, alors que les laboratoires les plus réputés n’arrivent pas à approcher les mêmes performances. En parallèle, quelques experts financiers de Goldman Sachs questionnent les résultats financiers. Le Wall Street Journal révèle en août que les revenus annoncés par la filiale asiatique sont au moins doublés fictivement … L’enquête montrera que 45% de l’ensemble des ventes étaient fictives. En avril 2001 les fondateurs et leur directeur général sont arrêtés, pris par le plus grand scandale financier … avant Enron ! 600 millions de dollars de dettes et les économies de 17 000 actionnaires vont s’évanouir.

C’est Scansoft, spécialiste de la reconnaissance optique qui reprendra les actifs, pour 20 millions de dollars, avant de les développer, d’acquérir SpeechWorks puis Nuance, pour justement, se rebaptiser Nuance.

Le cabinet d’audit KPMG, un des leaders mondiaux du secteur, a participé à cette gigantesque fraude pour couvrir les véritables chiffres de L&H, maintenant c’est Dexia qui est poursuivi pour s’être approprié 30 millions de dollars investis par une société asiatique …

Cette aventure montre encore une fois combien la pression de la valorisation boursière, surtout dans les années de la fameuse bulle Internet a pu mener des dirigeants à la fraude.

L’aspect positif c’est que L&H tira fortement les technologies vocales, induisant beaucoup d’initiatives et propageant les travaux des meilleurs ingénieurs. Les anciens se retrouvent aujourd’hui tant chez Nuance que chez TeleAtlas ou les grands opérateurs de Telecom.

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